04 mars 2008

Aimons la France comme elle nous a aimé en … 2008

L’empressement qu’a mit Président français à reconnaître le statut d’ "Etat souverain et indépendant" à la province séparatiste serbe ne peut s’expliquer que par la volonté de Sarkozy de faire de la France « le meilleur allié de Washington ». En dépit de liens franco-serbes historiques.

"J’ai l’honneur de vous informer que la France […] reconnaît le Kosovo comme un État souverain et indépendant.", a adressé Nicolas Sarkozy à son homologue, Fatmir Sejdiu, lundi 18 février, au lendemain de la proclamation unilatérale d’indépendance de la province serbe. Faisant de la France l’un des premiers Etats et surtout le premier pays de l’Union Européenne à reconnaître l’indépendance kosovare. Cette reconnaissance ne constitue en rien une surprise, elle avait été annoncée par Sarkozy. C’est le timing qui interroge. Nicolas Sarkozy s’est-il soucié de ne pas accabler Belgrade en ajoutant l’humiliation à la défaite ? A-t-il pris en compte la perte que représente pour la Serbie la sécession du Kosovo puis  l’humiliation à le voir être reconnu avec enthousiasme par une large partie de la communauté internationale ? Peut-être, mais cela n’a semble-t-il pas pesé lourd face à sa volonté de s’inscrire dans le sillage américain. Cette attitude ne peut qu’attiser la rancœur d’une partie de la population serbe et renforcer les nationalistes, emmenés par Tomislav Nikolic, qui tentent de convaincre leur peuple que l’Union Européenne n’est ni l’avenir ni l’amie de la Serbie et qu’il existe un « Occident » qui joue contre leur pays.

"БОЛИМО ФРАНЦУСКУ КАО ШТО ЈЕ ОНА НАС ВОЛЕЛА"

Les images diffusées au soir de la proclamation d’indépendance par les grandes chaînes d’informations montrant des drapeaux français, au milieu d’une mer de drapeaux albanais et américains, témoignent du changement brutal d’image de la France. D’abord considérée avec méfiance par les Kosovars albanais en raison de son statut d’alliée traditionnelle de la Serbie, elle est aujourd’hui perçue comme une amie de la cause albanaise. Dans une région et à un moment où tout n’est que dichotomie, les soldats français de la KFOR déployés dans le Nord du Kosovo, à majorité serbe et où les tensions sont les plus vives, se trouvent ainsi placés dans une situation inconfortable vis à vis de la population locale. Sur le théâtre des opérations, ils pourraient devenir une cible pour les groupes paramilitaires serbes qui menacent les forces internationales et ont déjà perpétré des mitraillages, des attaques à la grenade et à la bombe contre elles, à Mitrovica.

A Belgrade, dans la citadelle Kalemegdan, un monument honore le soutien de la France à l’armée serbe au cours de la première guerre mondiale, notamment le sauvetage par l’armée française de 135.000 soldats serbes réfugiés sur l’île de Corfou. "Aimons la France comme elle nous a aimé. 1914-1918". Lors de la guerre menée par l’Otan (et donc par la France) contre la Serbie en 1999, cette plaque commémorative a été taguée, « 1914-1918 » ayant été rayé et remplacé par « 1999 ». Cette anecdote traduit un sentiment qui a du être partagé par une partie de la population serbe prise sous les bombardements : la France a trahi. Par une partie seulement. "La plupart des gens ne le savent pas mais c’est la France et Chirac qui ont sauvé les ponts de Belgrade ! Les Américains eux ils auraient voulu tout détruire !", se souvient, dans un café de Belgrade, Petar, un instituteur d’une cinquantaine d’années, à l’évocation de la politique française dans les Balkans.

Conséquence de la reconnaissance par Sarkozy de l’indépendance du Kosovo, l’ambassade française a été plusieurs fois menacée et des expatriés français ont témoigné de signes d’hostilité à leur encontre. Que reste-t-il aujourd’hui, en 2008, de l’amitié et de l’estime qui ont lié la France à la Serbie au cours du vingtième siècle ?

Posté par coriander à 14:50 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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