13 mars 2008

Au nom du Kosovo !

Suite à la guerre de l’Otan contre la Serbie, en 1999, les noms des localités du Kosovo, majoritairement slaves, ont été effacés au profit de noms albanais. Une nouvelle loi vient de les annuler et oblige un retour aux noms antérieurs.

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Priština ou Prishtinë, Peć ou Pejë, Gnjilane ou Gjilan… Le nom même de Kosovo, slave, est sujet à polémique. Pour insister sur son caractère serbe, les Serbes le nomment Kosovo i Metohija (« Champs des merles »). Pour les Albanais, c’est « Kosova » ou, avec l’alphabet albanais, Kosovë. Ceci n’est pas anecdotique : nommer le territoire est un acte politique fondateur. Au Kosovo, renommer les lieux était un moyen pour les Albanais d’instaurer une rupture avec l’ancien système, d’éviter toute référence aux pouvoir antérieur et de valoriser leur appartenance à un ensemble national. "Des situations d’affirmation identitaire, voire de conflit géopolitique, se traduisent par de véritables tentatives d’épuration toponymique", explique le professeur de géographie Frédéric Giraut dans un article intitulé « Toponymie et géopolitique ». C’est une étape dans le processus de création d’un Etat-nation, tout comme l’adoption récente du drapeau national et l’inauguration symbolique de panneaux frontaliers entre le Kosovo et la Serbie, la semaine précédente.

Vers un Etat mono-ethnique

En 1999, avec le repli de l’armée serbe, 200.000 kosovars non-albanais, Serbes majoritairement, ont été contraints de fuir la région, menacés de mort par l’UCK (l’armée de libération du Kosovo). En mars 2004, plusieurs milliers de Serbes des enclaves du Kosovo ont été obligé de fuir et de se refugier en Serbie, victimes d’une épuration ethnique organisée par des extrémistes albanais, sous les yeux impuissants, ou complices, de la force de l’Otan. Des dizaines de lieux de cultes orthodoxes ont aussi été détruits. Gorani, Bosniaques, Roms, … toutes ces minorités sont menacées dans leur existence même, dans un silence coupable de la « communauté internationale ». La pérennité, à moyen terme, des quelques dizaines de milliers de Serbes qui n’ont pas encore fuit leurs enclaves est elle-même hautement hypothétique.

Le nouvel Etat kosovar ne jouit pas encore d’une indépendance pleine. Il a des obligations vis-à-vis de ses « géniteurs » (USA, UE,…) : maintenir le plus longtemps possible l’illusion d’un Etat multinational et multiculturel. Le temps au moins que l’attention internationale ne se porte ailleurs. Mais déjà, une partie de l’opinion kosovare s’impatiente et considère que la nouvelle loi sur la toponymie, comme le choix d’un drapeau national dépourvu de l’aigle bicéphale symbole de la nation albanaise, comme des violations de son identité. Car l’ambition du nationalisme albanais, dans sa forme radicale, n’est autre que la création d’un Etat-nation ethniquement pur. La question se pose alors : les derniers citoyens non-albanais auront-ils une place au Kosovo une fois que la présence internationale, dernière entrave à ce projet, ne sera partie ?

Posté par coriander à 23:42 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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