23 février 2008
La Républika Srpska tentée par l'autodétermination
Contrecoup direct et attendu
du nouveau statut du Kosovo, les Serbes de Bosnie menacent de faire sécession.
Le Parlement de la République serbe a pris la résolution, jeudi 21 Février, de
ne jamais reconnaître l’indépendance du Kosovo et il se laisse le droit de se lancer
sur la voie de l’autodétermination par un référendum.
"L’Assemblée nationale de la Republika Srpska considère qu’elle a le droit d’évaluer l’opinion publique sur la question du statut de l’entité, par le biais d’une consultation directe des citoyens par voie référendaire", est-il précisé dans la résolution.
Le Parlement a cependant fixé deux conditions en l’absence desquelles un référendum ne se justifierait pas : que le nouvel Etat kosovar soit reconnue par une majorité d’Etats européens et par les grandes puissances mondiales et que le statut, au sein de la Bosnie, de la république serbe soit remis en cause.
La résolution a été approuvée par la totalité des députés serbes mais les cinq députés non-serbes ont voté contre, soulignant qu’en Bosnie les comportements politiques, de l’électorat aux élites politiques sont conditionnées par un réflexe ethnique.
Depuis plusieurs mois, le Premier ministre de la Republika Srpska, Milorad Dodik, souffle le chaud et le froid, décidé à capitaliser au maximum sur la situation au Kosovo pour conforter son pouvoir. Tantôt il menace les institutions de Bosnie d’un référendum pour l’autodétermination de « sa » République, tantôt il assure que l’avenir de son peuple se trouve au sein de la Bosnie. Il semble en tout cas, qu’en Bosnie, les Serbes aient décidé de contrecarrer la formule abondamment utilisée par les médias qualifiant le nouveau statut du Kosovo de "point final au démantèlement de l’ex-Yougoslavie".
Le grand jeu international et le petit Kosovo
"Le précédent du Kosovo est un précédent
horrible. De facto, il fait voler en éclats tout le système des relations
internationales existant, pas seulement depuis plusieurs dizaines d'années,
mais depuis des centaines d'années", a fustigé le Président russe.
"Si l'Union européenne adopte une
position unie (sur la reconnaissance du Kosovo, ndlr) ou si l'Otan dépasse son
mandat au Kosovo, ces organisations vont défier l'ONU et nous allons alors nous
aussi partir du fait que nous devons utiliser une force brutale qu'on appelle
une force armée, pour qu'on nous respecte", a menacé le représentant
russe à l’Otan, Dmitri Rogozine. "Une
évolution dramatique dans les discussions entre la Russie et l'Otan est
possible", a-t-il ajouté.
Quelles seront les "conséquences
imprévisibles" évoquées par Poutine?
Jusqu’où
les Russes sont-ils prêt à aller? Se sentent-ils réellement blessé par
l’Occident? Se sentent-ils vraiment concernés par le sort du peuple serbe et du
Kosovo ? Le Kosovo n’est-il qu’un outil pour renforcer leur position
internationale? On a sans doute affaire ici à un mélange de cynisme froid et de
sincères ressentiments.
"Les Russes ont une politique assez cynique.
[...] Ils ne font rien pour aider les
Kosovars" a rétorqué la diplomatie américaine au discours de Poutine,
par la voix de Burns, numéro trois du département d’Etat.
Par
dessus le point de cristallisation des relations Russo-américaines qu’est le Kosovo,
les deux géants se jaugent et menacent. Un premier paroxysme avait été atteint suite
au bombardement "accidentel” de l’ambassade de Chine à Belgrade, par
l’Otan, en 1999, lorsque le président Eltsine avait rappelé aux Etats-Unis
qu’eux aussi possédaient la bombe...
Cette
petite région est dépassée par les enjeux internationaux qui s’y jouent. Il se
pourrait que les Serbes comme les Albanais ne se fassent déposséder de "leur
conflit” et ne se retrouvent prisonniers d’un jeu qui les dépasse : Le Kosovo
réduit à 51è Etat américain au sein de l’Europe, et la Serbie réduite à une
petite Russie à l’avenir européen renoncé.
"Tout
a commencé au Kosovo et tout y finira", a-t-on coutume de dire concernant
les guerres des Balkans. Et si vraiment TOUT finissait au Kosovo ?
22 février 2008
Kosovo indépendant : qui pense quoi
Source Reuters – Mercredi, Angela Merkel déclarait que l’Allemagne reconnaissait officiellement le nouvel Etat, proclamé unilatéralement par les albanais kosovares. Elle venait ainsi gonfler les rangs des pays pro indépendance, aux côtés des Etats-Unis et du Royaume-Uni.
Petit tour d’horizon des autres pays qui ont annoncé leurs positions.
Les pros :
AFGHANISTAN – Le pays soutient le Kosovo comme un Etat indépendant.
ALBANIE – L’Albanie souhaite aider le Kosovo à se développer économiquement
AUSTRALIE – Souhaite développer des relations diplomatiques
AUTRICHE – Le cabinet a reconnu mercredi le Kosovo.
GRANDE-BRETAGNE – David Miliband, Ministre des affaires étrangères a annoncé dès lundi que la Grande-Bretagne reconnaîtrait l’indépendance du Kosovo.
FRANCE – La France a reconnu l’indépendance du Kosovo lundi.
ALLEMAGNE – A reconnu la République du Kosovo et souhaite démarrer des relations diplomatiques.
ITALIE – Le minister des affaires étrangères Massimo D’Alena, a déclaré reconnaître le Kosovo “comme un pays indépendant sous protection internationale ».
TURQUIE – Ali Babacan, ministre de affaires étrangères, annonce dès lundi que la Turquie a décide de reconnaître le Kosovo en tant qu’Etat indépendant.
ETATS-UNIS – Reconnaîssent le Kosovo comme un Etat souverain et indépendant, selon Condolezza Rice.
Les contres :
CHINE – S’est dit concernée par l’indépendance du Kosovo et souhaite voir les deux parties continuer les négociations.
ESPAGNE – Ne reconnaîtra pas l’indépendance si elle n’est pas obtenue avec le consentement des deux parties.
ROUMANIE – Le parlement a annoncé lundi qu’il ne reconnaîtrait pas l’indépendance du Kosovo.
GEORGIE – Le ministre des affaires étrangères David Bakradze, a dit que la Géorgie ne reconnaîtrait pas l’indépendance du Kosovo.
RUSSIE – Pour la Russie, la déclaration d’indépendance est illégale.
SERBIE – La Serbie appelle à une résistance pacifique et déclare que le Kosovo n’est pas un Etat.
SRI LANKA – Le pays déclare que la proclamation d’indépendance est une violation de la charte de l’ONU.
Vidéo Reuters, sur les déclarations de chaque pays :


