28 février 2008
Texas indépendant
Sous ce titre volontairement polémique se cache toute l’hypocrisie de la communauté internationale. Il révèle l’affront porté à l’Etat serbe. Et si, bien sûr, les indépendantistes texans ne sont qu’une minorité, qui sait si dans 20 ans l’alliance des pays d’Amérique latine ne forcera pas les Etats-Unis à reconnaître l’indépendance d’une partie de leur territoire ? Impossible me direz-vous, et pourtant.
Le parallèle entre l’histoire du Kosovo et celle du Texas est frappante. D’abord colonisé par les espagnols en 1528, il fut rattaché au Mexique indépendant en 1821. Des américains commencèrent à s’installer dans la région, devenant, au fur et à mesure plus nombreux que les hispaniques. Des tensions ethniques éclatèrent, les Mexicains défavorables à l’esclavage protestèrent, poussant les américains à proclamer leur indépendance, le 21 avril 1836. Le Texas qui avait du mal à gérer ses frontières devint un Etat des Etats-Unis en 1845.
Aujourd’hui, l’Etat compte près de 23,5 millions d’habitants. Près d’un tiers de ces habitants est hispanophone, le recensement des ancêtres des texans révèle que 25% de la population, soit le plus large groupe, est d’origine Mexicaine. Ces statistiques gonflent évidement en se rapprochant de l’ouest de l’Etat et de la frontière mexicaine, un territoire qui fut le lieu d’affrontements entre le Mexique et le Texas avant l’indépendance.
Maintenant, un raccourci de la pensée consisterait à remplacer Texas par Kosovo, Mexique par Albanie et Etats-Unis par Serbie.
Bien sûr il n’est pas bon pour un problème aussi délicat, d’utiliser des raccourcis, mais cela a le mérite de titiller nos esprit et de comprendre pourquoi les Serbes ne reconnaîtront jamais le Kosovo, pourquoi les Etats-Unis veulent construire un mur de plusieurs milliers de kilomètres de long ou encore pourquoi on ne peut pas violer la souveraineté d’un Etat. Car si les albanais sont bien majoritaire au Kosovo, ils sont minoritaires en Serbie et là je suis bien sûr que l’on trouvera des régions dans le monde qui, découpée selon un voisinage ethnique, comporteront une majorité de cette même ethnie.
Ce n’est pas pareil me répondrons les détracteurs et pourtant si la boite de pandore s’ouvre, il est certain que d’autres régions seront touchées et si dieu protège les Etats-Unis, ce ne sera peut-être pas suffisant pour empêcher les hispaniques de vouloir le pétrole pour eux seuls…et en plus ils auront une excuse en béton, le Kosovo.
Kosovo - Nouvel album photo
Voici un deuxième album. Photos prises en mai 2007 entre Pristina et Mitrovica, la ville séparée ethniquement par la rivière Ibar.
Pour consulter l'album : c'est ici
Kosovo - Bientôt un Ministère des Affaires Etrangères
Selon un représentant officiel du gouvernement kosovare, la province aura un Ministère des affaires étrangères dans les 4 prochains mois.
Le député Hajredin Kuci a déclaré à RTK que le gouvernement fera tout le nécessaire pour préparer le Ministère à être opérationnel en temps voulu.
« Avant la fin de la période de transition, le Kosovo aura son ministère » a dit Kuci.
Kuci n’a pas pu dire qui serait sélectionné pour diriger ce ministère.
Le Ministère des affaires étrangères et le Ministère de la défense sont deux nouveautés que le gouvernement du Kosovo doit mettre en place après la déclaration d’indépendance.
Le PDK, Parti Democratique du Kosovo, parti de la majorité Thaci, a annoncé qu’il prendrait la tête de l’un des deux ministères, l’autre reviendra à son partenaire de la coalition, la LDK, ligue Démocratique du Kosovo.
Kosovo - "La sécurité est sous contrôle"
La sécurité qui règne au Kosovo en fait une des régions les plus stables de la région, affirmait mercredi Hashim Thaci, premier ministre de la province.
« Je peux conclure que les frontières du Kosovo sont les plus sûres de la région » déclarait-il à une assemblée de dirigeants. Et même s’il n’écartait pas la possibilité de nouveaux actes de violence, il insistait sur le fait que « le Kosovo sera capable de dépasser cela ».
Ses déclarations tombent alors que les Serbes du Kosovo continuent de défier la déclaration d’indépendance du 17 février. Des manifestations d’étudiants ont lieu tous les jours dans la partie nord de Mitrovica, la ville symbole du conflit, divisée ethniquement.
Mercredi, Thaci a également demandé à son cabinet de commencer immédiatement les préparatifs à l’entrée à différentes organisations mondiales, telles que le FMI ou la Banque Mondiale, de façon à ce que le Kosovo puisse avoir accès à des prêts ou des fonds de soutien.
25 février 2008
Russie et Serbie renient l’administration albanaise du Kosovo
Le Premier ministre serbe, Vojislav Kostunica a déclaré ce matin que la Serbie « tente de maintenir l’ordre dans les parties du Kosovo où les citoyens loyaux considèrent toujours Belgrade comme leur capitale ». Il peut également compté sur le soutien renouvelé de la Russie, qui, par l’intermédiaire du prochain probable président,
Dimitri Medvedev soutient la souveraineté Serbe, en dépit de l’avis des forces de l’ouest.
« La Serbie fera tout pour conserver sa juridiction pour tous les citoyens loyaux du Kosovo, les Serbes et les non Albanais », a poursuivit Kostunica. Avant de durcir le ton, « Il n’y aura de relations normales avec les Etats qui ont reconnu le Kosovo indépendant, à moins qu’ils n’annulent leur décision. »
Après avoir assurer qu’il n’y aurait pas de changement dans la ligne directrice de Moscou après les élections présidentielles la semaine prochaine, Medvedev a déclaré « la Serbie est un Etat uni dont la juridiction couvre l’ensemble de son territoire, nous nous en tiendrons à cette position. »
L'Europe peut-elle se passer de la Serbie
En humiliant la Serbie sur le plan diplomatique international, l’Europe se prive-t-elle d’une clé pour assumer la paix dans les Balkans, qui depuis 1914, met à mal la stabilité du vieux continent ?
En votant pour Boris Tadic, les Serbes avaient envoyé un message fort à l’Union Européenne, « nous voulons vous rejoindre ». Le pays empêtré dans une situation économique moribonde depuis la fin du conflit en 1999, souhaite s’ouvrir et permettre à sa jeunesse de se former dans d’autres pays et construire ainsi les élites de demain. Une ouverture sur l’Europe faciliterait également le commerce extérieure de la Serbie, une stimulation qui serait à même de relancer l’économie du pays.
Mais depuis une semaine, beaucoup de choses ont changé, et si les serbes se prononcent encore à 70% pour une participation élargie avec l’Union Européenne, la question du Kosovo pourrait changer la donne.
Les Russes, alliés inconditionnels de Serbes, pourraient être en mesure de proposer une alternative à l’adhésion de la Serbie à l’Union Européenne. Si le Kremlin était resté jusqu’alors discret sur un éventuel soutien financier au Kosovo, il développe aujourd’hui une politique économique sur un axe Moscou-Belgrade.
La nouvelle ligne gazière en est le parfait exemple. Le gazoduc qui traversera l’Ukraine, la Roumanie, la Bulgarie et la Serbie, pourrait permettre à cette dernière de jouir d’une manne financière conséquente. Les Serbes se retrouveraient alors en position de force pour négocier l’approvisionnement en gaz dans le sud de l’Europe. Ce contrat qui sert les intérêts des deux pays est un premier camouflet pour l’Europe. Rappelons qu’en Décembre dernier Kostunica, le premier ministre serbe avait déclaré que la Serbie refuserait de céder au chantage et n’échangerait pas le Kosovo contre l’adhésion à l’Union Européenne.
Alors la Serbie a-t-elle réellement besoin de l’Europe ? Et inversement, l’Europe peut-elle se passer de la Serbie ?
Géographiquement et historiquement les deux sont liés. La politique européenne qui vise à unifier tous les Etats d’Europe pour créer une fédération, ne peut ignorer la Serbie. Alors si l’Europe se prononce favorablement pour une sécession du Kosovo, on peut imaginer qu’elle va proposer un plan avantageux aux Serbes. Une aide financière, une adhésion à l’espace de schengen…
Dans le cas contraire, il semblerait que les Russes aient davantage les faveurs d’un peuple qui en a sans doute marre de se faire marcher dessus sans pouvoir s’exprimer. Les instances dirigeantes de l’OTAN et de l’UE prennent des décisions en pensant savoir ce qui est bon pour la Serbie. A la différence, la Russie fait ce qui est bon pour la Serbie.
Alors sous peine de retomber dans un conflit inextricable, nos dirigeants seraient bien aviser de réfléchir longuement et avec discernement à la question. L’appel est lancé.
23 février 2008
La presse serbe juge la grande manifestation de Belgrade
Le son de cloche est totalement différent en ce qui
concerne le très pro-européen Danas, qui insiste sur les débordements qui ont eu lieu en marge et
après la manifestation, n’y voyant que l’expression de hooligan haineux, "Des sauvages au centre de Belgrade".
Et d’estimer que la Serbie a trop à perdre pour se battre pour le Kosovo et doit
en faire son deuil car "C'est une
guerre qui ne se gagne pas."
La Républika Srpska tentée par l'autodétermination
Contrecoup direct et attendu
du nouveau statut du Kosovo, les Serbes de Bosnie menacent de faire sécession.
Le Parlement de la République serbe a pris la résolution, jeudi 21 Février, de
ne jamais reconnaître l’indépendance du Kosovo et il se laisse le droit de se lancer
sur la voie de l’autodétermination par un référendum.
"L’Assemblée nationale de la Republika Srpska considère qu’elle a le droit d’évaluer l’opinion publique sur la question du statut de l’entité, par le biais d’une consultation directe des citoyens par voie référendaire", est-il précisé dans la résolution.
Le Parlement a cependant fixé deux conditions en l’absence desquelles un référendum ne se justifierait pas : que le nouvel Etat kosovar soit reconnue par une majorité d’Etats européens et par les grandes puissances mondiales et que le statut, au sein de la Bosnie, de la république serbe soit remis en cause.
La résolution a été approuvée par la totalité des députés serbes mais les cinq députés non-serbes ont voté contre, soulignant qu’en Bosnie les comportements politiques, de l’électorat aux élites politiques sont conditionnées par un réflexe ethnique.
Depuis plusieurs mois, le Premier ministre de la Republika Srpska, Milorad Dodik, souffle le chaud et le froid, décidé à capitaliser au maximum sur la situation au Kosovo pour conforter son pouvoir. Tantôt il menace les institutions de Bosnie d’un référendum pour l’autodétermination de « sa » République, tantôt il assure que l’avenir de son peuple se trouve au sein de la Bosnie. Il semble en tout cas, qu’en Bosnie, les Serbes aient décidé de contrecarrer la formule abondamment utilisée par les médias qualifiant le nouveau statut du Kosovo de "point final au démantèlement de l’ex-Yougoslavie".
Le grand jeu international et le petit Kosovo
"Le précédent du Kosovo est un précédent
horrible. De facto, il fait voler en éclats tout le système des relations
internationales existant, pas seulement depuis plusieurs dizaines d'années,
mais depuis des centaines d'années", a fustigé le Président russe.
"Si l'Union européenne adopte une
position unie (sur la reconnaissance du Kosovo, ndlr) ou si l'Otan dépasse son
mandat au Kosovo, ces organisations vont défier l'ONU et nous allons alors nous
aussi partir du fait que nous devons utiliser une force brutale qu'on appelle
une force armée, pour qu'on nous respecte", a menacé le représentant
russe à l’Otan, Dmitri Rogozine. "Une
évolution dramatique dans les discussions entre la Russie et l'Otan est
possible", a-t-il ajouté.
Quelles seront les "conséquences
imprévisibles" évoquées par Poutine?
Jusqu’où
les Russes sont-ils prêt à aller? Se sentent-ils réellement blessé par
l’Occident? Se sentent-ils vraiment concernés par le sort du peuple serbe et du
Kosovo ? Le Kosovo n’est-il qu’un outil pour renforcer leur position
internationale? On a sans doute affaire ici à un mélange de cynisme froid et de
sincères ressentiments.
"Les Russes ont une politique assez cynique.
[...] Ils ne font rien pour aider les
Kosovars" a rétorqué la diplomatie américaine au discours de Poutine,
par la voix de Burns, numéro trois du département d’Etat.
Par
dessus le point de cristallisation des relations Russo-américaines qu’est le Kosovo,
les deux géants se jaugent et menacent. Un premier paroxysme avait été atteint suite
au bombardement "accidentel” de l’ambassade de Chine à Belgrade, par
l’Otan, en 1999, lorsque le président Eltsine avait rappelé aux Etats-Unis
qu’eux aussi possédaient la bombe...
Cette
petite région est dépassée par les enjeux internationaux qui s’y jouent. Il se
pourrait que les Serbes comme les Albanais ne se fassent déposséder de "leur
conflit” et ne se retrouvent prisonniers d’un jeu qui les dépasse : Le Kosovo
réduit à 51è Etat américain au sein de l’Europe, et la Serbie réduite à une
petite Russie à l’avenir européen renoncé.
"Tout
a commencé au Kosovo et tout y finira", a-t-on coutume de dire concernant
les guerres des Balkans. Et si vraiment TOUT finissait au Kosovo ?
22 février 2008
Marre des médias
Marre de l’attitude consensuelle des médias traditionnels. Ils nous abreuvent d’une soupe, assaisonné par les « biens pensants ». Et ils tombent dans le piège de la vision bipolaire des conflits, le bien contre le mal.
Combien de fois j’ai pu lire le nom de Milosevic dans les articles sur le Kosovo. Combien de fois j’ai pu lire cette semaine, « Kosovo, cette ancienne province serbe ». Et bien Milosevic est mort, la guerre des Balkans est terminée depuis près de 10 ans et le Kosovo jusqu’à ce que la Serbie le reconnaisse est toujours Serbe.
Alors quand est-ce que les médias vont ouvrir les yeux et rapporter la vérité de ce conflit ? Ce dont on ne parle jamais ; les Etats-Unis qui créent un nouvel Etat en Europe, sans respecter ni la charte des Nations Unies, ni la souveraineté de l’Etat Serbe ; le débat qui devrait s’installer autour des gouvernements qui reconnaissent un Etat créé dans l’illégalité la plus complète, non démocratiquement et par des officiels poursuivit pour crime de guerre.
Alors bien sûr, le Kosovo est peuplé à 90% d’Albanais, un chiffre qui arrange tout le monde sauf les quelques 100 000 serbes qui y habitent, sans parler des milliers qui en ont été chassé. Les solutions existent et le gouvernement Serbe en avait proposé plusieurs, tombés sans doute dans les oreilles bouchées des mages des Nations Unies.
Et l’Europe dans tout ça, incapable de trancher, de prendre une décision qui aurait sans doute évité un nouveau conflit, personne n’en parle. Les pays qui ont reconnu, peut être un peu trop vite, le Kosovo, ne sont-ils pas coupables d’avoir exacerbé la colère serbe ?
N’est-il pas là un sujet pointilleux qui demande à être débattu ? Et que nous sert-on à la place ? Des ambassades et des pneus brûlés, comme si l’opinion publique ne devait retenir que cela de la réunion pacifique qui a eu lieu hier soir à Belgrade.


